Francis Boulanger, interne à l'école SNCF


Francis BOULANGER a été interne au "Château de Vincelles" dans les années de 1943 à 1946.
Le "château" était une école, appartenant à la SNCF ...... 
qui recevait en internat les enfants de cheminot en difficulté. En 1973, il était vendu à l'APAJH (remplacé maintenant par EPNAK) qui reçoit des enfants déficients intellectuels légers et moyens. (voir la rubrique Histoire/le château).

En 1994, Francis Boulanger revient dans l'Yonne et demande à "visiter" ce château qui lui rappelait tant de souvenirs. 
Il a maintenant 80 ans et accepte, avec une grande gentillesse, de transmettre sa "mémoire" et quelques anecdotes. Je l'en remercie de tout coeur.
Il est bien agréable de constater que "Le Petit Echo de Vincelles" a permis de créer des liens inter générations.
Chantal
Rédacteur du Petit Echo de Vincelles et du site de Vincelles

-----------------------------
J’étais interne au château de Vincelles en plusieurs périodes de 1943 à 1946, année où j’ai passé mon certificat d’études à Coulanges la Vineuse.

L’école, appartenant à la SNCF, recevait en internat les enfants de cheminots en difficultés.

A gauche du perron derrière la grille il y a une roue de fontaine, nous nous y lavions tous les matins à l'eau froide... torse nu, et le samedi, c'était le bas mais ... mais sous la douche !
La piste d'athlétisme a été creusée par les enfants, j'avais une pioche...



Ma mère venait me voir 2 ou 3 fois par an elle m'emmenait parfois déjeuner à l'auberge près de la gare, j'ai le souvenir d'une bonne soupe..

J’ai eu Monsieur Robin comme instituteur, puis Mademoiselle Chassard. Dans la cour il y avait un mât et chaque matin nous assistions à la levée des couleurs.

La photo de communion montre les missionnaires, rattachés à la paroisse ; ils attendaient un départ pour évangélisation dans un pays lointain. Ils nous avaient appris : « C’est nous les africains qui revenons de loin… »
Le curé du village est au centre. Dans le fond, les deux barbus sont des missionnaires.

 

 

 

L'Yonne était pleine de joncs, mon frère et moi nous y allions.

 

 

 Les allemands arrivent, Monsieur Labrugère, le directeur ayant succédé à Maurice Clary, refuse de leur ouvrir, les allemands lui mette alors ine mitraillette sur le ventre … il est bien obligé de s’exécuter… et les voitures entrent, des pièces de DCA également ..

Nous sommes tous étonnés de voir cette arrivée … nous étions loin de penser à ce qui se passait à l’extérieur et pourtant … c’était la guerre. Il s'agissait d'une compagnie d’allemands, composée en partie 

d’autrichiens faisant partie de la FLACK. Une image me revient, celle d’un allemand qui avait reçu une balle dans les fesses… le pauvre était les fesses en l’air et cela nous avait fait tous bien rire de le voir dans cette position…
Nous, avec les copains, nous étions en partie sur les marches du perron, derrière le château, le blessé et les autres sur la pelouse au fond.

Par contre, il leur arrivait de nous parler… en allemand.. Cependant nous comprenions : les regards emplis d'une certaine tendresse : j’ai un fils comme toi ………. Je crois que c'est en 45 nous avons été répartis dans des fermes pour aider à la récolte des pommes de terre, une journée ou deux.

Tous les dimanches matins nous allions à la messe, marchant au pas et chantant une chanson inconnue de Charles Trenet : La marche des jeunes, je n’en ai connu l'origine que beaucoup plus tard ... Le ciel est bleu ...

 

 

 

 

 

Un dimanche pendant la libération, à la hauteur des fermes après le château, un chasseur américain nous a survolé dans un bruit infernal, pensant peut-être que nous étions un défilé d'Allemands, il devait avoir le doigt sur la gâchette de la mitrailleuse, c’est bien des années plus tard que je m'en suis souvenu et compris que si le pilote n'avait pas reconnu que nous étions des enfants ...... le drame !

Plus tard, les allemands sont repartis, mais avec des chevaux et des charrettes qu’ils avaient réquisitionnés, ils n’avaient plus d’essence … ils se sont fait arrêtés à Auxerre par les Américains !!
Je me souviens tout particulièrement de la montagne de chaussures à clous qu’ils avaient laissés sur la pelouse, ils avaient aussi enterré des bidons d’essence … Ce sont les FFI qui sont venus tout récupérer..

Un autre souvenir : une rumeur tenace circulait quant à Irancy : Ce village aurait été habité par une secte qui adorait le soleil !!! ??
Auriez vous, peut-être, d'autres "échos" ou "souvenirs" sur ce sujet ??
Francis BOULANGER